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DONATELLO.

portée. Mais elle demeure indispensable, et de plus, elle apporte sa contribution à l’explication du caractère de Donatello.

La date seule de ce petit fait demeure assez obscure. Il est à supposer toutefois qu’il eut lieu après ce voyage à Rome, malgré les raisons séduisantes qui le feraient placer auparavant par divers historiens. Donatello venait de terminer pour l’église de Santa Croce, où il devait surmonter une fresque de Taddeo Gaddi, un crucifix de bois, qui se trouve encore aujourd’hui à la même place. C’est une œuvre puissante, expressive, où la douleur physique est observée et rendue avec cette vigueur qui a fait considérer notre maître comme un « réaliste » par les esprits académiques. Comme si les seules expressions de l’idéal étaient le calme et le sourire ! Donatello, assez lier de son Christ, consulte son ami Brunelleschi. Celui-ci semble réprimer un sourire railleur et se dérobe. Donato le presse de donner son avis à la fin.

— Eh bien, dit Brunelleschi, ce n’est pas le Christ que tu as mis en croix. C’est simplement un paysan.

Donatello est piqué au vif et répond en ces termes, qui, nous dit Vasari, sont depuis devenus un proverbe :

— Prends du bois et fais-en un !

Brunelleschi accepte cette boutade comme un défi, s’enferme, puis, quelque temps après, vient chercher son camarade afin de déjeuner ensemble comme ils faisaient souvent. Ils passent par le marché, achètent des provisions, des œufs, un fromage. Donatello en prend la charge