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DONATELLO.

ne répond en rien au caractère ni à la nature de notre artiste. Nous en savons déjà assez sur lui, pour nous en rendre compte. Ce n’est nullement un systématique. C’est un instinctif avant tout, et il serait, avouons-le, revenu de Rome bien mal corrigé.

Le récit de Vasari, qui procède par digressions constantes et saute d’un sujet à l’autre au fil des souvenirs, paraît tout d’abord favoriser cette supposition. Mais quand on l’examine de plus près, il n’offre pas de moins bonnes raisons de se décider dans un autre sens. En effet, aussitôt après avoir conté cette anecdote, Vasari ajoute que l’excellence des deux artistes, qui venaient de lutter ainsi courtoisement d’émulation et de talent, engagea la corporation des boucliers et des menuisiers à leur commander des statues pour les niches extérieures de l’oratoire d’Or San Michele, et que Brunelleschi, occupé à d’autres travaux, abandonna ces statues à Donatello. Cela suffit, puisque nous savons que les premiers travaux de Donatello à Or San Michele sont postérieurs à ce fameux voyage. Or, si jamais l’épithète de réaliste a été applicable (nous espérons démontrer qu’elle ne l’est guère d’ailleurs), c’est à ces statues d’Or San Michele. Le beau rêve d’un Donatello épuré par l’art antique et corrigé de sa tendance « à mettre en lumière les côtés vulgaires et prosaïques de la nature » s’évapore tout seul.

Naguère Donatello avait pris part, ainsi que Brunelleschi, à un concours pour les portes du baptistère. Tous deux s’effacèrent fort noblement devant Ghiberti, de qui