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DONATELLO.

Ce qui fait que la grandeur de Donatello est équivalente à celle de Phidias, c’est que notre maître, aussi profondément individualiste que le maître grec était profondément généralisateur, parvient, par la force de son émotion, à provoquer en nous des idées générales à la vue de ces hommes si particuliers qu’il crée. Il fait un Saint Pierre, un Jérémie, un David, qui ne pourront plus être refaits, qui conserveront à jamais une physionomie déterminée. On pourrait dire leur âge, leurs défauts ou leurs qualités, jusqu’à leur tempérament physiologique, et à leurs maladies. Pourtant nous oublions que nous sommes en présence d’une sorte de portrait, d’une œuvre inspirée par la personnalité de tel ou tel notable de Florence. Ces hommes deviennent des personnifications de méditation, de colère, de volonté, de tristesse, ou d’autres concepts analogues. Ils vivent, et s’arrogent le droit de penser et de nous faire penser, que l’art antique abdiquait.

Les idées, en général, qui se dégagent de ces créations de Donatello, sont de saveur forte et amère. Nous y trouvons notre plaisir parce que notre tour d’esprit est devenu ainsi, et que nous avons pris notre parti du tourment. Ne pouvant nous en débarrasser, nous nous en sommes fait une parure. Il y eut des temps et il demeure des esprits pour considérer une telle disposition comme monstrueuse. Ils auraient raison si l’art humain pouvait créer plusieurs sortes de calmes, et si à part quelques rares privilégiés, il n’arrivait pas très vite et infailliblement à l’insigni-