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DONATELLO.

fiance dans ce domaine imperturbable. Au contraire, les tempêtes ont mille et mille façons d’être, belles.

La véhémence concentrée des conceptions de Donatello leur donne une beauté qui porte fortement au cerveau. Cette œuvre, qui nous procure tant de vives sensations, est, dans son ensemble, d’un admirable pessimisme qui n’a jamais été égalé. L’époque y est pour beaucoup. « L’Italie, nous dit Michelet, entrait dans une profonde prose, la matérialité violente des tyrans, des bandes mercenaires, la platitude bourgeoise des hommes de finance et d’argent. Une religion commençait dans la banque de Florence, ayant dans l’or sa présence réelle, et dans la lettre de change son eucharistie. L’avènement des Médicis s’inaugurait par ce mot : « Quatre aunes de drap suffisent pour faire un homme de bien. »

On comprend que des hommes comme Donatello et Brunelleschi, ayant pour seule passion le beau, pour seul but leur rêve, méprisant l’argent en lui-même pour leur propre usage et ne l’acceptant que comme un moyen d’édifier leur œuvre, se trouvent peu en communication avec leur époque. Les Médicis semblèrent comprendre Donatello, ils l’aimèrent : c’est une circonstance merveilleusement atténuante, si l’on veut. On admire en vérité de leur savoir gré de n’avoir pas été bornés ! Mais puisqu’ils n’avaient que de grands artistes à leur disposition, force leur était bien de s’en servir. Ces artistes eux-mêmes demeurent sombres et réservés. Les hommes que pétrit Donatello gardent le sourcil froncé et les yeux pleins de