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DONATELLO.

doit être écartée, ou simplement conservée comme une étiquette mnémotechnique. Au reste, le style et la facture de cette statue sont visiblement analogues à ceux des œuvres que nous venons d’examiner. Elle ne leur cède pas en grandeur et en effet saisissant.

Chose étrange, et que nous n’avons pas encore eu l’occasion de noter, mais que nous rencontrerons plus d’une fois dans des exemples saisissants, cette singulière physionomie évoque en nous des impressions très proches de celles que nous éprouvons en présence d’un mort. Le mélange de mort et d’ironie est tellement intense que si vous n’avez pas eu cette sensation devant cette statue, distraits par quelque autre préoccupation, admiration de la grandeur, constatation de la noble et forte sobriété du travail, ou toute autre observation de ce genre, il me semble difficile qu’une fois avertis, et regardant le personnage à ce point de vue, vous n’éprouviez pas à votre tour cette hantise. C’est comme si le puissant ouvrier avait été saisi par la beauté (la terrible beauté) de quelque masque mortuaire et l’avait à peine remanié, le combinant avec sa belle invention de ce corps si bien drapé, si digne, si paisible, burinant à peine sur ce visage parfaitement adapté, l’accentuation du sourire, en un mot, prenant son bien où il le trouvait, fût-ce sur un lit de mort, et se bornant à le parapher de quelques coups de pouce… Je m’expliquerai un peu plus loin plus à fond sur cette question. Gardez seulement ceci comme un avertissement après avoir bien regardé l’étonnant prophète qui sourit à l’on