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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

pointe d’accent, depuis longtemps perdu. Elle était née à Strasbourg. Dès que le joueur d’accordéon eut commencé la valse de Fahrbach, elle se leva, transfigurée de patriotisme, entraînant un des petits messieurs. Elle valsait avec délire devant la « buvette nationale ». Les deux gardiens de la paix s’étaient avancés. Blondinette et Flora se mirent aussi à valser. C’était le bal de la nuit qui recommençait. Les gardiens de la paix, amusés, tapaient sur leurs cuisses, se tordaient. Et, fatigués d’avoir toute la nuit vu danser les autres, tous deux semblaient avoir des picotements dans les jambes.

— Plus vite !… Plus vite !… criait Madame, qui tournoyait, pâmée au bras de son cavalier, les cheveux au vent.

Et, l’on entendait le cliquetis de ses bijoux, le froissement de ses chaînes. Alors, n’y tenant plus, un des deux gardiens de la paix, le plus laid, un gaillard avec d’énormes oreilles rouges sans ourlet, empoigna par la taille une des deux bonnes, et la força à tourner avec lui. Son camarade, qui savait réellement, valsa aussitôt avec une de ces dames. Emporté par une véritable furie, il manqua renverser en passant la table de Clouard, qui s’écria :

— Pas possible !… Mais c’est Chamonin ?

Celui-ci, le reconnaissant à son tour, lâcha sa danseuse et vint lui serrer la main.

— Mon vieux Clouard ?