Page:Alexis - Le Collage.djvu/119

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
116
LE COLLAGE

Celle-là avait mal tourné. Depuis trois ans, Adèle n’en avait plus entendu parler ; la malheureuse devait courir les bastringues. Un voisin l’avait plusieurs fois rencontrée à la Reine-Blanche, peinte comme un tableau, levant la jambe, pendue au cou d’un certain Jules, surnommé « Passe-Partout, la Terreur des Batignolles ». C’était le dernier coup. Plus rien : ni femme, ni enfants ! Une absence de neuf ans avait tout anéanti.

Cependant, sur sa prière, celle qui avait été sa femme, consentit à ne pas le quitter tout de suite. Dix heures et demie ! Le square fermait à onze heures ; elle lui accordait jusqu’à la fermeture. Mais ils n’avaient plus rien à se dire. Des silences pénibles espaçaient leurs paroles. Jacques finit par bourrer une pipe, puis l’alluma longuement, en usant sept ou huit allumettes. Pendant ce temps, Adèle jouait de nouveau avec les petits cailloux. Elle avait donné le matin du linge à la blanchisseuse, sans avoir le temps de l’inscrire sur son cahier ; comme elle voulait réparer sa négligence en rentrant, elle se remémorait mentalement les objets : « Cinq chemises d’homme… trois idem de femme… deux brassières d’enfant… » Enfin, quittant leur banc, ils marchèrent un peu, côte à côte, sans se donner le bras. Vers onze heures moins cinq, devant l’entrée du square, sur le point de partir, Jacques voulut l’embrasser. Mais, avant de tendre le front, elle