Page:Alexis - Le Collage.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
162
LE COLLAGE

rouge et criant : « Hélène !… ce que je vais la foutre en toute pension… Hélène ! Hélène ! » Je le retiens par le bras. « Ne la grondez pas… laissez-moi le plaisir de l’appeler moi-même. » Et me voilà parti pour l’aire.

L’aire me semble d’abord déserte. De loin, rien que l’épaisse jonchée des gerbes foulées tout le jour par les deux mulets du paysan. Et, ce qui restait intact du haut gerbier se dressait en pointe dans le ciel, le ciel tout rouge, encore incendié par le soleil dont le disque réduit à rien achevait de s’enfoncer. « Tiens ! elle a dû se mettre dans la cabane… je vais la surprendre. » Et, m’étant avancé avec précaution, je soulève le « bourras » jeté sur trois fourches prises l’une dans l’autre. Rien ! Hélène n’était pas dans la cabane. Mes yeux fouillent l’aire entière, suivant les ondulations de la paille hachée par les sabots ferrés des mulets. Rien que de longues vagues jaunes immobiles, sorte de mer moutonneuse figée dans le calme du crépuscule. Tout à coup, là-bas, à l’autre bout de l’aire, mon regard se porte sur une imperceptible ondulation. J’y vais, en enfonçant jusqu’au genou. Hélène était la, étendue sur le dos, tout le corps et les doux bras enfouis dans la paille, sous un gros tas. Rien que sa petite tête brune ne sortait. Elle ne m’entendait pas venir. Et elle me semble très pâle, amaigrie, les yeux cernés,