Page:Alexis - Le Collage.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
171
JOURNAL DE MONSIEUR MURE

pis ! si c’était un garçon, lui, Derval, irait à Paris servir de parrain à son petit-fils, et, au besoin, il l’adopterait un jour. D’ailleurs, ce Vandeuilles était « un excellent jeune homme » qui rendait sa fille heureuse. Le gendre qu’il lui aurait fallu ! Et Moreau, « mon sacré Moreau », un jour ou l’autre n’avait qu’à mourir, dame !… D’ailleurs, lui, Derval, ne se « foutait-il pas carrément » de l’opinion publique ! Un de ces matins, il allait « bazarder » sa petite maison, quelques lopins de terre qui lui restaient à Miramont ; et, ses quatre sous réalisés, il ferait un pied de nez à X… ce trou, cette ville assommante, cette boîte à cancans. Ou dirait ce qu’on voudrait, il irait vivre à Paris, à côté de sa fille, de sa fille qu’il avait hâte d’embrasser… Sa fille ! il lui avait pardonné depuis longtemps. Elle avait eu joliment raison, après tout, de ne pas se laisser embêter longtemps par un tas de saintes nitouche, qui, si Hélène avait un amant, en avaient, elles, trente-six… Et puis, rien que pour sa santé même, Paris, la vie active de Paris, lui était indispensable. À X…, il étouffait ! Il n’était pas si vieux, que diable ! il se sentait encore solide. Ces soudards du camp de Médéah passaient pour des durs-à-cuire ! Et après avoir secoué les cendres de sa pipe, il sortit du lit, passa ses pantoufles et alla sur le palier crier à la bonne de lui faire cuire une côtelette. Je le quittai vers le soir,