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LE COLLAGE

qu’une porte s’ouvrit. Elle entra. Elle portait au bras une petite fille.

Je m’étais levé très vite. Déjà je pressais sa main libre. Elle, se dégagea doucement, et me présentant sa fille :

— Regardez-la !… comment la trouvez-vous ?… Elle s’appelle Lucienne…

Mais elle ne me dit pas de l’embrasser. Je lus toute sa pensée dans ses yeux : Lucienne, c’était sa faute ! Elle ne s’en cachait pas, elle l’adorait, elle en était fière. Mais une délicatesse exquise empêchait Hélène de me la pousser dans les bras. Seulement, à l’idée de la situation exceptionnelle faite déjà à ce petit être, ses longs cils s’abaissèrent sur lui. Elle le couvrait d’un regard de commisération et de tendresse, puis, se mit à l’embrasser follement, elle, pour le dédommager de l’injustice des autres. Et, dans l’emportement de sa passion maternelle, je retrouvais mon Hélène tout entière, il y avait une belle révolte : « Pas d’autres que moi pour aimer ma fille, moi seule ! »

Comme autrefois, alors, je voulus l’entourer de douceur. Je la conduisis au fauteuil que je venais de quitter. Moi, un genou en terre à coté du fauteuil, je me mis à jouer timidement avec Lucienne. D’abord, je pris délicatement ses menottes, et les ayant effleurées de mes lèvres, je me fis donner de petites tapes sur le visage. Puis, comme l’enfant souriait : « Je ne te fais donc pas peur ! m’é-