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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

et je me sentais le cœur gros ! Elle éclata enfin.

— Au moins, si je l’ai fait souffrir, êtes-vous sûr, vous, qu’il m’ait pardonné ?

Et des sanglots soulevèrent profondément sa poitrine. Alors, de même que je m’étais mis à faire jouer la fille, j’essayai de sécher les yeux de la mère. Je lui pris les mains avec un peu de notre familiarité d’autrefois, lorsqu’elle portait encore des robes courtes et venait s’asseoir sur les genoux de son grand ami pour lui confier quelque joie débordante ou quelque gros chagrin. Et je lui dis tout ce que je trouvais de tendre et de consolant. Son père lui avait si bien pardonné, qu’il comptait braver le qu’en-dira-t-on, et venir à Paris vivre avec elle, chez elle ! Elle avait bien fait, puisqu’elle était malheureuse à X…, de se mettre au-dessus des préjugés, de braver au grand jour l’opinion publique. On ne vivait qu’une fois, après tout ! Qu’importaient les sots, les envieux, le blâme de quelques puritains de salon, les maximes de certains moralistes bêtes, la réprobation des hypocrites ? Les principes mêmes… Ah ! si les magistrats, mes collègues, en ce moment avaient pu m’entendre ! Je lui disais des choses que je ne pense pas ordinairement. Morale, logique, société, j’aurais voulu tout réduire en poudre, pour avoir de quoi sabler et rendre moins glissant le sentier dangereux où s’est engagée Hélène.

— Qu’est-ce que tout cela si vous êtes