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LE COLLAGE

sée et retraversée, je les retrouve tous à la même place, alignant leurs dos sévères, presque terribles : les uns rouges et les autres noirs. Et un involontaire sourire me plisse la lèvre : « Monsieur le président ! » La porte de la chambre était grande ouverte. Debout devant un miroir ovale pendu à la fenêtre, déjà en pantalon noir et en bottines vernies, une serviette blanche nouée derrière le cou, Moreau achevait de se faire la barbe.

— Entrez, mon cher… Asseyez-vous… mais ne me parlez pas… Vous pourriez me faire couper.

Puis, au bout d’un instant, essuyant soigneusement les rasoirs avant de les replacer dans leur boîte :

— Maintenant, on peut se serrer la main.

— Si je vous dérange ?…

— Allons donc !… Non seulement tu ne me déranges pas, mais j’ai à te causer… Laisse-moi d’abord passer ma chemise.

Il élevait avec précaution, au-dessus de sa tête, une chemise blanche qu’il venait de prendre sur le lit : les bras et le cou nu, son gros ventre lui ballonnant sous le gilet de flanelle ! Puis, voilà que sa tête s’enfonça, et disparut un moment, dans la chemise très empesée, raide et craquante. Et je n’en revenais pas de ma surprise : lui, me tutoyer ! Lui qui, depuis douze ans, depuis le jour où Hélène était partie avec M. de Vandeuilles, m’avait toujours dit : vous ! Simple distraction, peut-être ? Retour inconscient vers une habi-