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LE COLLAGE

Je balbutie, en invoquant de pauvres prétextes. Ce qui me fait peur, c’est d’entrer dans certaines explications, comme ça, à brûle-pourpoint, et au milieu de la bousculade des passants mouillés. Ah ! si nous étions installés l’un en face de l’autre, commodément, dans un bon café calme, peu fréquenté ! Comme je saisirais l’occasion de me déboutonner une fois pour toutes, de découvrir enfin ma plaie à un excellent garçon que j’aime, plus âgé que moi, plus sérieux peut être, en tout cas mieux assis dans la vie ! Germondy compatirait sans doute à mes embarras, me donnerait quelque conseil. Je lui offre un madère.

— Oh ! impossible, mon brave. Voyez ! l’averse s’achève…

Il est pressé. À Paris depuis deux jours, pour ses affaires, il repart le soir même, afin d’aller rejoindre sa femme en villégiature à Cabourg, comme tous les étés. Ici, par politesse, je me vois obliger de lui demander, d’une voix distraite, des nouvelles de sa femme. Oh ! elle va mieux ! L’air de la mer lui est toujours favorable. Puis, il me donne un tas de détails : « Nous ne nous sommes presque pas baignés… La plage est même peu fréquentée… Des vents de l’Ouest insupportables… » En attendant, un temps précieux s’écoule. Il ne pleut plus. Un rayon de soleil couchant perce les nuages, prend en enfilade les arcades. Au moment où je vais aborder enfin un su-