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LE COLLAGE

peu maîtresse du premier mouvement, comment a-t-elle fait pour ne pas se jeter sur moi, pour se retirer silencieuse et digne ?

Le soir, nous avons encore dîné ensemble comme d’habitude, l’un en face de l’autre, chacun enfoncé dans ses pensées, nous passant le pain et nous versant à boire, mais gardant le silence désolé de ceux qui n’ont plus rien à se dire. Nous mangions pourtant dans notre chambre, sur la petite table que, Célina et moi, nous placions souvent contre la cheminée. Moi, n’ayant pu rien prendre à midi, j’avais fait honneur plusieurs fois à l’excellent pot-au-feu, hélas ! le dernier. Puis, un reste de gâteau de riz avalé, le café bu et la nappe enlevée, Célina s’est tiré silencieusement les cartes. Je fumais mon cigare, en la regardant. Pourquoi cette malencontreuse dame de carreau sortait-elle tout le temps, « une blonde » ! Flore, n’est-ce pas ? Et je cherchais à lire dans le regard de celle qui interrogeait l’avenir, ou le passé. Son front étroit, bombé avec entêtement, restait impénétrable. Un moment, tout en étudiant religieusement ses cartes, distribuées en cinq paquets : « Pour ma maison. — Pour moi-même. — Ce que j’attends. — Ma surprise. — Ma consolation, » elle s’est mis à fredonner un air. Même, sa dernière réussite achevée, nous avons fait notre partie d’écarté quotidienne. Cela a produit comme une détente. Un sourire