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LE COLLAGE

ce une innocente, un instinctif désir qui s’ignore ? ou une lymphatique et molle nature, résignée à subir ? ou, encore, quelque précoce rouée, insensible, mais prête à tout ? Ses clairs yeux bleus, cernés d’un grand cercle, ne m’apprennent rien. Le papier gris de l’antichambre, tout uni, sans eau-forte de Manet, semble l’absorber. Puis, tournant le cou du côté de la fenêtre, elle considère le toit ardoisé de la maison d’en face. Moi, réfléchissant aux conséquences, pensant à Célina qui n’est pas loin, je me retire un peu. Pourtant, j’ai peine à me résigner au regret éternel de l’occasion manquée. L’envie est forte, j’effleure sa joue pâle. Voilà, soudain, qu’avec un abandon adorable, sa petite tête se laisse aller et je la sens, là, toute tiède, peser dans le creux de ma main. Alors, c’est fini ! je ne lutte plus ! je ne pense plus ! j’ignore où je suis et ce que je fais. J’ai pourtant conscience que le frêle corps de Flore est dans mes bras, qu’elle s’abandonne. Puis, une porte franchie, je nous vois tous les deux dans la cuisine, abattus sur la table, mêlée l’un à l’autre, ne faisant qu’un. Et cela dure jusqu’à une sorte de commotion électrique : la porte, brusquement ouverte, me bat les talons et Célina nous voit.

— Cochons ! Ne vous dérangez pas !…

Elle voulait balbutier autre chose, mais sa voix s’étranglait. Une seconde d’angoisse inexprimable. Puis, elle, si emportée d’habitude, si