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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

je me trouvais à votre place, savez-vous ce que je ferais ? Je m’habillerais d’abord, bien tranquillement, puis… Oui, vous devriez venir avec nous, vous expliquer chez le commissaire de police du quartier.

Voilà comment Jacques Clouard, sans gestes ni grands cris comme dans les mélos, mais, là, très naturellement, en douceur, s’était trouvé pris dans un engrenage, dont, au bout de dix ans, il ne s’était pas encore dépêtré.

Du commissariat de police au Dépôt, dans une cellule, comme le dernier des malfaiteurs. Du Dépôt, transféré à la prison de Versailles ; puis, passant devant le premier conseil de guerre, et condamné contradictoirement à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée ; déporté en Nouvelle-Calédonie ; évadé de Nouméa, ayant passé pour mort à la suite de l’évasion, et supprimé des registres de l’état civil ; alors, de Genève, où il avait prudemment attendu l’amnistie sans donner signe de vie, il avait seulement écrit deux lettres, restées l’une et l’autre sans réponse, à sa femme, qui avait dû changer plusieurs fois d’adresse en huit ans. De sorte qu’il était resté sans aucune nouvelle de sa famille : ni de sa femme, ni de sa fille Clara qui devait être entrée dans sa dix-septième année, ni de son petit Pascal. Seulement, aujourd’hui, le mauvais sort devait être conjuré ; ses malheurs touchaient sans doute à leur fin.