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LE COLLAGE

ses compagnons s’abandonnaient au courant.

La griserie générale les surexcitait encore. Plus de fatigue des vingt heures en chemin de fer ! Ils n’avaient pas mangé depuis Dijon, devaient se rendre chacun dans un quartier différent : n’importe ! À plus tard, les affaires. Pour le moment, rien qu’un besoin de se faufiler au plus épais, de chanter comme les autres, de danser, d’applaudir, de crier, eux aussi : « Ah ! ah ! ah ! »

Place de la République, l’encombrement fut tel qu’il leur fallut s’arrêter. Devant la statue, un monsieur, sur le piédestal, auprès des lions, chantait, seul, le premier couplet de la Marseillaise. Clouard et ses deux camarades joignirent leurs voix à celles du chœur formidable, reprenant : « Aux armes, citoyens ! » Ah ! si l’un des trois, montant aussi sur le piédestal, avait tout à coup crié au peuple : « Nous sommes des amnistiés ! » ne les eût-on pas portés en triomphe ? Et ils se regardèrent dans les yeux, avec un sourire, se comprenant. Ah ! oui, ils avaient mérité de la mère patrie, eux aussi ! Ce grandiose appel aux armes, que glorifiait la chanson patriotique, eux, du moins, avaient eu le mérite de l’écouter et d’y répondre, à l’heure ou la République était en danger. Eh ! qui sait ? sans eux, sans leurs frères, cette belle fête patriotique aurait-elle lieu aujourd’hui ? Quelqu’un à ce moment, qui fût venu dire bien bas à l’oreille de Jacques : « Personnellement,