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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

dieu, son regard plongeait dans le vaste enfoncement de la place Saint-Pierre, méconnaissable avec son square neuf. Sous le brouillard pâle qui noyait le soleil, les jeunes arbres et les massifs de verdure faisaient un décor d’une finesse adorable. Et Jacques se disait que le quartier avait gagné. S’il revenait souffreteux et vieilli, avec des cheveux blancs, il retrouvait les choses embellies, rajeunies. Et, des choses, sa pensée se reportait de nouveau vers les siens. Il n’allait même plus les reconnaître. Clara, par exemple, sa fille Clara ! Au lieu de la morveuse qu’il avait laissée, ce serait une belle demoiselle, à la fois timide et tendre. Et Pascal ! lui qui, en 1871, ne savait ni parler, ni marcher, devait être un petit homme. Quelle contenance aurait-il, devant le père arrivant à l’improviste ? Jacques se promettait de mettre son doigt sur la bouche, afin que la mère ne dise rien. Et il attendrait : il verrait si la voix du sang parlerait chez Pascal.

Tout cela, dans quelques minutes ! À moins que sa femme n’eût changé de rue, de quartier. Alors, ce ne serait pas long ; au besoin, il se fendrait d’un sapin. Maintenant Jacques courait. Encore quelques maisons de la rue des Trois Frères : l’hôtel meublé ! la crémerie ! le magasin de modes ! l’herboriste ! Les devantures étaient fermées, mais Jacques connaissait si bien les boutiques. Les enseignes disparaissaient sous