Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/107

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maltraité. Le conseil évoque l’affaire, et l’ingénieur en chef, écrivant confidentiellement à l’intendant, dit à ce propos : « A la vérité, le piqueur est très-répréhensible, mais ce n’est pas une raison pour laisser l’affaire suivre son cours ; car il est de la plus grande importance pour l’administration des ponts et chaussées que la justice ordinaire n’entende ni ne reçoive les plaintes des corvéables contre les piqueurs des travaux. Si cet exemple était suivi, ces travaux seroient troublés par des procès continuels, que l’animosité publique qui s’attache à ces fonctionnaires feroit naître. »

Dans une autre circonstance, l’intendant lui-même mande au contrôleur-général, à propos d’un entrepreneur de l’État qui avait pris dans le champ du voisin les matériaux dont il s’était servi : « Je ne puis assez vous représenter combien il seroit préjudiciable aux intérêts de l’administration d’abandonner ses entrepreneurs au jugement des tribunaux ordinaires, dont les principes ne peuvent jamais se concilier avec les siens. »

Il y a un siècle précisément que ces lignes ont été écrites, et il semble que les administrateurs qui les écrivirent aient été nos contemporains.