Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/191

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lesquels plusieurs ont été aussi éminents par leur sainteté que par leur savoir, faire des rapports sur l’établissement d’un chemin ou d’un canal, y traiter la matière en profonde connaissance de cause, discuter avec infiniment de science et d’art quels étaient les meilleurs moyens d’accroître les produits de l’agriculture, d’assurer le bien-être des habitants et de faire prospérer l’industrie, toujours égaux et souvent supérieurs à tous les laïques qui s’occupaient avec eux des mêmes affaires.

J’ose penser, contrairement à une opinion bien générale et fort solidement établie, que les peuples qui ôtent au clergé catholique toute participation quelconque à la propriété foncière et transforment tous ses revenus en salaires, ne servent que les intérêts du saint-siège et ceux des princes temporels, et se privent eux-mêmes d’un très grand élément de liberté.

Un homme qui, pour la meilleure partie de lui-même, est soumis à une autorité étrangère, et qui dans le pays qu’il habite ne peut avoir de famille, n’est, pour ainsi dire, retenu au sol que par un seul lien solide, la propriété foncière. Tranchez ce lien, il n’appartient plus en particulier à aucun lieu. Dans celui où le hasard l’a fait naître, il vit en étranger au milieu d’une société civile dont presque aucun des intérêts ne peuvent le toucher directement. Pour sa conscience, il ne dépend que du pape  ; pour sa subsistance, que du prince. Sa seule patrie est l’Église. Dans chaque événement politique, il n’aperçoit guère que ce qui sert