Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/27

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prochaine, se divisent, se rapprochent ; il n’y a presque rien à quoi ils ne se préparent, sinon à ce qui va arriver.

Les Anglais, auxquels le souvenir de leur propre histoire et la longue pratique de la liberté politique donnent plus de lumière et d’expérience, aperçoivent bien comme à travers un voile épais l’image d’une grande révolution qui s’avance ; mais ils ne peuvent distinguer sa forme, et l’action qu’elle va exercer bientôt sur les destinées du monde et sur la leur propre leur est cachée. Arthur Young, qui parcourt la France au moment où la Révolution va éclater, et qui considère cette révolution comme imminente, en ignore si bien la portée qu’il se demande si le résultat n’en sera point d’accroître les privilèges. « Quant à la noblesse, dit-il, si cette révolution leur donnait encore plus de prépondérance, je pense qu’elle ferait plus de mal que de bien. » Burke, dont l’esprit fut illuminé par la haine que la Révolution dès sa naissance lui inspira, Burke lui-même reste quelques moments incertain à sa vue. Ce qu’il en augure d’abord, c’est que la France en sera énervée et comme anéantie. « Il est à croire, dit-il, que pour longtemps les facultés guerrières de la France sont éteintes ; il se pourrait même qu’elles le fussent pour toujours, et que les hommes de la génération qui va suivre puissent dire comme cet ancien : Gallos quoque in bellis floruisse audivimus : Nous avons entendu dire que les Gaulois eux-mêmes avaient jadis brillé par les armes. »

On ne juge pas mieux l’événement de près que de loin. En France, la veille du jour où la Révolution va