Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/319

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remplir les fonctions de syndic. « Cela, dit-il, est contraire à tous les privilèges de sa charge. » Le contrôleur-général répond qu’il faut rectifier les idées de ce particulier, « et lui faire comprendre qu’il devrait tenir à honneur d’être choisi par ses concitoyens, et que, d’ailleurs, les nouveaux syndics ne ressembleront point aux fonctionnaires qui portaient jusque-là le même nom, et qu’ils doivent compter sur plus d’égards de la part du gouvernement. »

D’autre part, on voit des habitants considérables de la paroisse, et même des gentils­hommes, qui se rapprochent tout à coup des paysans, quand ceux-ci deviennent une puissance. Le seigneur haut justicier des environs de Paris, se plaint de ce que l’édit l’empêche de prendre part, même comme simple habitant, aux opérations de l’assemblée paroissiale. D’autres consentent, disent-ils, « par dévouement pour le bien public, à remplir même les fonctions de syndic. »

C’était trop tard. A mesure que les hommes des classes riches s’avancent ainsi vers le peuple des campagnes et s’efforcent de se mêler avec lui, celui-ci se retire dans l’isolement qu’on lui avait fait et s’y défend. On rencontre des assemblées municipales de paroisses qui se refusent à recevoir dans leur sein le seigneur ; d’autres font toute sorte de chicanes avant d’admettre les roturiers, même quand ils sont riches. « Nous sommes instruits, dit l’assemblée provinciale de basse Normandie, que plusieurs assemblées municipales ont refusé d’admettre dans leur sein les propriétaires rotu-