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Page:Alfred Vacant - Dictionnaire de théologie catholique, 1908, Tome 1.2.djvu/375

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ATTRITION


soyons ses serviteurs et que nous nous écartions du mal par crainte de ses châtiments… Le serviteur honore aussi son maître, mais pas avec la charité du lils pour son père… Et parce que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, Eccli., i, 16, nous pouvons nous élever de la crainte des serviteurs à la gloire des fils. »

Saint Augustin, dont se réclament si fort les jansénistes, n’est pas en désaccord avec les autres Pères sur le point que nous étudions. Il importe toutefois, pour comprendre certains passages de ses œuvres, de ne pas perdre de vue la distinction que nous avons faite entre les deux espèces de crainte servile. L’une est coupable parce qu’elle suppose l’affection au péché, et saint Augustin la condamne à bon droit. L’autre est honnête, puisqu’elle exclut l’affection au mal, et celle-ci reçoit les encouragements du saint docteur. Dans un de ses sermons, Serm., CLXI, c. viii, 8, P. L., t. xxxviii, col. 882, il interroge le voluptueux et lui demande pourquoi il s’arrête sur la pente du péché : « Vous me répondrez : Parce que je crains l’enfer ; je crains le supplice du feu éternel ; je crains le jugement de Dieu : je crains la société du démon qui me tourmenterait et avec qui je brûlerais. Eh bien quoi ? Vous dirai-je : votre crainte est mauvaise, votre crainte est vaine ? Je ne l’ose, puisque le Seigneur lui-même nous suggère la crainte et nous dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ensuite ne peuvent plus rien ; mais craignez celui qui a le pouvoir de perdre le corps et l’âme dans la géhenne du feu ; je vous le dis : craignez celui-là. Luc, XII, 4, 5. Lors donc que le Seigneur nous suggère la crainte avec insistance, redoublant la menace, puisqu’il répète le mot, dirai-je, moi, que votre crainte est mauvaise ? Non pas. Craignez en effet ; vous n’avez pas de crainte plus légitime ; il n’y a rien que vous deviez craindre davantage. »

3. Arguments de raison.

1° On doit dire d’un acte qui exclut à la fois la volonté de pécher et L’affection au péché qu’il est moralement bon. Or, la crainte des châtiments de Dieu exclut évidemment la volonté de pécher, car pécher serait précisément mériter ces châtiments. D’autre part, nous n’admettons, par définition, comme motif d’attrition que la crainte qui exclut l’affection au péché. Donc l’attrition qui naît de la crainte comme nous l’entendons est bonne et honnête.

2° D’un autre coté, il faut remarquer que dans un acte de crainte, quel qu’il soit, il y a nécessairement aspiration vers un bien, en même temps que répulsion à ird du mal opposé à ce bien. La moralité’de l’acte résulte du caractère de l’objet vers lequel la volonté aspire et dont elle redoute la perte. Or, dans l’attrition qui nait de la crainte de l’enfer, l’objet des aspirations de la volonté est le ciel, béatitude éternelle et destinée suprême de l’homme, objet éminemment bon, honnête

el désirable. Donc, un tel acte ne peut être mauvais.

v. RÉPONSE AUX OBJBCTIONS. — I" L’objection capitale opposée à notre thèse peu) être présentée sons cette forme : Ni la détestation du péché, ni la crainte de l’enfer oe sonl choses mauvaises, en soi, mais il est mauvais de détester le péché à cause de l’enfer, d’obéir à Dieu a cause du châtiment qui frappe la désobéissance, car, agir ainsi, c’e t : ubordonnerDieuà soi-même, Dieu i la ( i ordre et péché. — Nous

répondons : L’acte d’attrition, tel que nous l’avons d fini n’est pa la subordination de Dieu à la créature, mais, au contraire, le mouvement initial par lequel le pécheur, renonçant a la créature, se reporte vers Dieu. Le pécheur i rainl i enfer et veul j échapper. En conséqnenee. i] liiii et déteste le péché qui v conduit. Mais, ter le péché, toul péché, i airement vou loir I opposé, c’est à-dire ce que Dieu ut, tout ce que Dieu veut, vouloir en particulii r l’ob ervation d< commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu

LICT. DL’llll. m.. CATHOL.

de tout votre cœur. Et ainsi le pécheur est rétabli dans l’ordre, dans la voie qui le conduit à Dieu, sa fin dernière.

On insiste : Mais ce pécheur déteste l’enfer plus que son péché. — La supposition est gratuite. Le pécheur craint l’enfer et, par suite, le péché qui y conduit. De quel droit dit-on que l’une des deux craintes est plus grande que l’autre ? Ce qui est vrai, en tait, c’est que les pénitents ne font pas la comparaison entre ces deux craintes. En tout cas, il ne faut pas perdre de vue l’hypothèse dans laquelle nous avons placé notre discussion : Nous n’admettons pas qu’un pénitent dise : « Je pécherais s’il n’y avait pas d’enfer ; » car alors il y aurait affection au péché, et ce serait la crainte servilement servile. Cf. Suarez, De psenitentia, disp. V, sect. ii, n. 8, 9, Opéra omnia, Paris, 1806, t. xxii, p. 105-106.

2° Les jansénistes ont objecté aussi quelques textes scripturaires, dont les deux suivants qui peuvent être considérés comme résumant toute la difficulté :

I Joa., iv, 18 : Timor non est in charitate, sed perfecta charitas foras mittit timorem, quoniam timor pœnam habet. Si la charité exclut la crainte, comment la crainte peut-elle (’Ire considérée comme un bien surnaturel et un don de Dieu ? — Réponse : 1° On pourrait soutenir qu’il s’agit dans ce texte de la crainte servilement servile qui est, en effet, égoïste et mauvaise et que la charité exclut certainement. 2° En admettant qu’il soit question de la crainte honnête que nous défendons, on peut dire encore que la charité parfaite l’exclut, comme ce qui est plus partait exclut ce qui l’est moins, comme la vision béatifiqueau ciel exclut la foi et l’espérance qui, pourtant, sont ici-bas des vertus et des dons de Dieu. Cf. P. Drach, Épîtres catholiques, Paris, 1879, p. 195-196.

I Cor., xiii, ’A : Si charitatem an » hàbuero…, nihil mihiprodest. L’attrition étant, par définition, étrangère à la charité, ne serl dune de rien. — Le texte de saint Paul signifie que, sans la charité, rien ne sert comme mérite pour le ciel. Nous sommes d’accord que l’attrition par elle-même ne justifie pas. Mais elle est bonne et utile comme disposition préparatoire à la justification, et la parole de l’apôtre n’a rien de contraire à cette affirmation. C’est, d’ailleurs, renseignement formel du concile de Trente, sess. XIV, c. iv : Et quamvis [attritio] sina sacramento pa-nilentiiv per se ad justificationem perducerepeccatorem nequeat, tamen eum ad Dei gratiam in sacramento psenitentia impetrandam disponit, Cf. Wirceburgenses, Theol. dogm., polem., etc., Or sacrant, pxii., n. 152-157, Paris, 1854, t. v, p. 115-150 : IL Cornely, Comment, in S. Pauli priorem epist. ad Corinthios, Paris, 1890, p. 393.

III. Efficacité de l’attrition. — Pour déterminer

les effets salutaires île l’attlition, nous devons distinguer son action : 1° en dehors de tout sacrement ; 2° dans le sacrement de pénitence ; 3° dans les autres sacre lllellls.

I. / v DEHORS DE TOUT SACREMENT. — i" assertion : L’attrition seule ne suffit pas pour la rémission du péché mortel. — (Test une vérité théologique incontestable

qu’en dehors des sacrements, l’acte de charité’seul

justifie le pécheur, car, seul, il détache complètement la volonté de la créature pour la reporter tout envers Dieu. Marie-Madeleine est pardonnée parce

qu’elle a eu la charité : Hem dl uni n r ei pemla nndla

quoniam dilexit multum. Luc, vii, 17. El saint Jean dit formellement que celui qui n’a pas la charité reste dans la moi i du péché : Qui non diligii manei in morte, 1 Joa., iii, li. Or, par définition, l’attrition ne renferme pas La charité, Donc, elle ne justifie pas par elle même. Ceiie conclusion est confirmée par le concile de Trente, XIV, c. iv : Quamvis sine sacramento psenitentia ad justificationem perducere peccatorem nequeat.

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