Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/234

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CYBÈLE

il y en a dont la volonté expresse est de n’être réveillés que le plus tard possible. Les uns, des désespérés sans doute ou d’incurables victimes du spleen, ont eu recours au sommeil léthargique comme s’ils fussent allés au suicide d’autres font de la léthargie intensive par fanfaronnade ou simple jeu de hasard. Ils veulent être allés plus loin que le commun des endormis c’est une célébrité comme une autre. Ils ont parié qu’ils fourniraient sans interruption un siècle entier de mort provisoire, et ils ont mis leur amour-propre à gagner leur pari. On voit des amis, des couples amoureux, des familles entières accomplir ensemble cette extraordinaire odyssée sommeillant ou veillant durant les mêmes périodes. Ceux là prennent la chose par un côté plus sociable et plus divertissant qui met en commun toutes les péripéties du voyage. Il ne manque pas non plus d’esprits avancés, d’auteurs incompris qui estiment être nés trop tôt pour leur siècle et préfèrent reparaître et donner leur mesure plus tard, lorsque le monde sera plus à même d’apprécier et de récompenser leur mérite. Enfin il y a même des patients qui se sont donnés par pur dévouement pour la science et qui restent à la discrétion des expérimentateurs.

Ce qu’il y a aussi de singulier, c’est qu’il se trouve des gens qui prennent goût, qui se passion-