Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/296

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CYBÈLE

de la Bretagne et de la Haute-Normandie, et quant au sud-ouest, le golfe de Gascogne qui baignait fort avant le côté nord de la chaine des Pyrénées, avait dévoré presque toute la malheureuse province qui lui avait autrefois donné son nom.

Il eût été cruel de quitter Marseille sans donner à Marius l’amère satisfaction de visiter le lieu même de sa naissance, non plus la pauvre Martigues dès longtemps ensevelie sous les flots avec tout le delta du Rhône, mais enfin tout au moins sa place à la mesure exacte de ses degrés de longitude et de latitude. Ce fut la première chose que l’on fit après que l’aéronef eut repris la route des airs. Le compas à la main, Alcor le fit stopper à l’endroit précis, mais ce ne fut que l’affaire d’un instant. Il jugea qu’il était superflu d’appuyer sur la plaie toujours saignante du cœur de son jeune ami. Celui-ci se sentit serrer silencieusement les mains par ses deux compagnons, puis l’on vira de bord vers le fond du golfe où se déversait le Rhône, trente lieues plus haut que ses anciennes embouchures. La marche de l’Espérance était un peu contrariée à ce moment par un vent du nord assez violent qui, descendant cette même vallée du Rhône, rappelait à Marius le mistral qui suivait de son temps le même chemin. Et c’était un souvenir aussi que ce vent terrible qui dénudait de toute végétation les coteaux rocheux de la Pro-