Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/340

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CYBÈLE

surtout ! J’ai comme changé d’existence et avec une telle apparence de réalité que les moindres détails de mes tribulations imaginaires me sont encore aussi présents que s’ils n’eussent pas été une simple illusion. D’ailleurs je te conterai bientôt tout cela. À mon tour, j’en ai connu et visité des peuples curieux et des contrées lointaines et je pourrai désormais faire assaut avec toi de récits intéressants et peu ordinaires, je te le promets. Et tant d’événements déroulés en un temps aussi court, voilà qui n’est pas moins merveilleux que tout le reste. Tiens, te rappelles-tu ce joli conte des Mille et une nuits, celui de ce sultan auquel un magicien présenta un vase enchanté en l’engageant à y plonger un instant son visage ? À peine le sultan eut-il fait ce que lui conseillait le magicien qu’une vie nouvelle commença pour lui. De sultan il devint bientôt l’homme le plus infortuné de ses États, eut cent aventures plus funestes les unes que les autres et qui allaient se terminer par le dernier supplice, lorsqu’ayant relevé la tête au-dessus du vase enchanté, il se retrouva tel qu’auparavant. La longue et malheureuse existence qu’il venait de vivre n’avait duré qu’une minute. Eh bien, c’est quelque chose d’assez comparable à cela qui m’est arrivé : J’ai vécu en une seule nuit toute une existence des plus extraordinaires qui n’avait de commun avec ma vie réelle que ma personnalité