Page:Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit, édition 1920.djvu/202

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LA PLUIE


Pauvre oiseau que le ciel bénit !
Il écoute le vent bruire,
Chante, et voit des gouttes d’eau luire
Comme des perles dans son nid !

Victor Hugo.


Et pendant que ruisselle la pluie, les petits charbonniers de la Forêt Noire entendent, de leur lit de fougère parfumée, hurler au dehors la bise comme un loup.

Ils plaignent la biche fugitive que relancent les fanfares de l’orage, et l’écureuil tapi au creux d’un chêne, qui s’épouvante de l’éclair comme de la lampe du chasseur des mines.

Ils plaignent la famille des oiseaux, la bergeronnette qui n’a que son aile pour abriter sa couvée, et le rouge-gorge dont la rose, ses amours, s’effeuille au vent.