Page:Alphonse de Candolle - Origine des plantes cultivées, 1883.djvu/149

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
135
POMME CANELLE

dit an spontanea ? Le nombre des localités dans cette partie de l’Amérique est assez significatif. Je n’ai pas besoin de rappeler qu’aucun arbre, pour ainsi dire, vivant ailleurs que sur les côtes, n’a été trouvé véritablement aborigène à la fois dans l’Asie, l’Afrique et l’Amérique intertropicales[1]. L’ensemble de mes recherches rend un fait pareil infiniment peu probable, et, si un arbre était assez robuste pour offrir une telle extension, il serait excessivement commun dans tous les pays intertropicaux.

« D’ailleurs les arguments historiques et linguistiques se sont aussi renforcés dans le sens de l’origine américaine. Les détails donnés par Rumphius[2] montrent que l’Anona squamosa était une plante nouvellement cultivée dans la plupart de îles de l’archipel Indien. Forster n’indique aucune Anonacée comme cultivée dans les petites îles de la mer Pacifique[3]. Rheede[4] dit l’A. squamosa étranger au Malabar, mais transporté dans l’Inde, d’abord par les Chinois et les Arabes, ensuite par les Portugais. Il est certain qu’il est cultivé en Chine et en Cochinchine[5], ainsi qu’aux Philippines[6] ; mais depuis quelle époque ? C’est ce que nous ignorons. Il est douteux que les Arabes le cultivent[7]. Dans l’Inde on le cultivait du temps de Roxburgh[8], qui n’avait pas vu l’espèce spontanée, et qui ne mentionne qu’un seul nom vulgaire de langue moderne (bengali), le nom Ata, qui est déjà dans Rheede. Plus tard, on a cru reconnaître le nom Gunda-Gatra comme sanscrit[9] ; mais le Dr Royle[10] ayant consulté le célèbre Wilson, auteur du dictionnaire sanscrit, sur l’ancienneté de ce nom, il répondit qu’il avait été tiré du Sabda chanrika, compilation moderne comparativement. Les noms de Ata, Ati se trouvent dans Rheede et Rumphius[11]. Voilà sans doute ce qui a servi de base à l’argumenta-

  1. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, chap. X.
  2. Rumphius, 1, p. 139.
  3. Forster, Plantæ esculentæ.
  4. Rheede, Malab., III, p. 22.
  5. Loureiro, Fl. coch., p. 427.
  6. Blanco, Fl. Filip.
  7. Cela dépend de l’opinion qu’on se formera sur l’A. glabra, Forsk. (A. asiatica B. Dun., Anon., p. 71 ; A. Forskalii, DC., Syst., 1, p. 472), qui était cultivé quelquefois dans les jardins de l’Égypte, lorsque Forskal visita ce pays, sous le nom de Keschta, c’est-à-dire lait coagulé. La rareté de sa culture et le silence des anciens auteurs montrent que c’était une introduction moderne en Égypte. Ebn Baithar (trad. allem. de Sontheimer, 2 vol., 1840) médecin arabe du XIIIe siècle, ne parle d’aucune Anonacée et ne mentionne pas de nom de Keschta. Je ne vois pas comment la description et la figure de Forskal (Descr., p. 102, ic. tab. 15) diffèrent de l’A. squamosa. L’échantillon de Coquebert, cité dans le Systema, concorde assez avec la planche de Forskal ; mais, comme il est en fleur et que la planche donne le fruit, l’identité ne peut être bien prouvée.
  8. Roxburgh, Fl. Ind., éd. 1832, v. 2. p. 657.
  9. Piddington, Index, 6 p.
  10. Royle, Ill. Him., p. 60.
  11. Rheede et Rumphius, 1, p. 139.