Page:Anatole France - La Vie en fleur.djvu/105

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et même un peu morose, d’une intelligence droite, sans grande étendue, autant que je peux croire, si je m’en rapporte à mes souvenirs. Il se montrait à mon égard d’une sévérité que ne tempérait nulle pitié, car, en son âme et conscience, il me considérait comme un esprit mauvais et pervers. Or, en dépit de mon humeur contemplative, j’avais une inclination, que j’ai bien perdue depuis : j’aimais la gloire. Oui, malgré les difformités de mon intelligence, qui me vouaient au mépris de M. Beaussier et me retranchaient à jamais de l’élite scolaire, j’aurais voulu briller sur les bancs de la classe et recueillir les lauriers comme un héros antique. Oui, j’aimais la gloire. L’éducation universitaire, qui avait tout de même pénétré en moi, me faisait confondre en une même admiration les vainqueurs de Salamine et les héros du Palmarès. J’aimais la gloire. La discipline napoléonienne à laquelle j’étais assujetti me faisait soupirer après la couronne de papier vert, comme elle m’eût inspiré ensuite le désir des croix, des cordons et des habits brodés, si je n’eusse mal tourné. J’aimais la gloire ; j’enviais nos illustres.

Ils étaient trois surtout, graves, sérieux,