Page:Anatole France - La Vie en fleur.djvu/255

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d’un sou. Son linge était malpropre, sa jaquette usée, son pantalon élimé, ses bottines éculées, son teint échauffé, sa main fiévreuse. Quoi, c’était ce jeune héros que j’enviais et que je voulais imiter ! Hélas ! qu’étaient devenus les deux membres de l’Institut de France, la dame verte, la foule enthousiaste, les fleurs, les acclamations ? Dès que Fontanet parut, je lui dis tout bas qui était notre voisin et par quelles ascensions il s’était distingué.

— Joseph Vernier ! Je le connais, me répondit Fontanet avec assurance.

Il était certain pour moi qu’il ne le connaissait pas même de nom et qu’il le voyait pour la première fois. Pourtant, dès que Joseph Vernier s’arrêta d’écrire, Fontanet se tourna vers lui, le salua et lui demanda quand il ferait une nouvelle ascension.

— Je ne monte plus en ballon, répondit l’aéronaute d’une voix lasse. Je ne puis trouver les fonds nécessaires pour construire un appareil. On ne comprend pas les avantages immenses que présente la forme de mon ballon ; on me chicane sur mon hélice qu’ils trouvent trop faible. Il faut pourtant bien lui conserver sa légèreté. Je suis mis de côté. Tout