Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/289

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parla de rien moins que de m’enfermer à l’avenir.

Quelle nuit je passai ! Je ne fermai pas l’œil un seul instant. Tantôt, je riais comme un gamin du succès de mon aventure ; tantôt, je me voyais avec une angoisse inexprimable traîné devant les magistrats et répondant sur le banc des accusés du crime que j’avais si naturellement commis. J’étais épouvanté, et pourtant je n’avais ni remords ni regrets. Le soleil, entré dans ma chambre, caressa gaiement le pied de mon lit, et je fis cette prière :

« Mon Dieu, vous qui fîtes le ciel et la rosée, comme il est dit dans Tristan, jugez-moi dans votre équité, non selon mes actes, mais d’après mes intentions, qui furent droites et pures ; et je dirai : Gloire à vous dans le Ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Je remets en vos mains l’enfant que j’ai volée. Faites ce que je n’ai su faire ; gardez-la de tous ses ennemis, et que votre nom soit béni ! »