Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/52

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mande à votre attention. J’ai passé ma vie sur des livres et je n’ai jamais voyagé ; vous l’avez vu à mon embarras qui vous a fait pitié. Je suis membre de l’Institut.

— Vous êtes membre de l’Institut ! Mais c’est charmant, cela ! Vous m’écrirez quelque chose sur mon album. Savez-vous le chinois ? J’aimerais beaucoup que vous missiez du chinois ou du persan sur mon album. Je vous présenterai à mon amie, miss Fergusson, qui voyage pour voir toutes les célébrités du monde. Elle sera enchantée. Dimitri, vous entendez ! monsieur est membre de l’Institut et il a passé sa vie sur des livres !

Le prince approuva de la tête.

— Monsieur, lui dis-je, en essayant de le mêler à la conversation, on apprend sans doute quelque chose dans les livres, mais on apprend beaucoup plus en voyageant, et je regrette de n’avoir pas, comme vous, parcouru le monde. J’habite depuis trente ans la même maison et je n’en sors guère.

— Habiter trente ans la même maison, est-ce possible ? s’écria madame Trépof.

—Oui, madame, lui dis-je. Il est vrai que cette maison est située sur le bord de la Seine, dans le lieu le plus illustre et le plus beau du