Page:Anatole France - Le Génie latin.djvu/100

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théâtre. Il n’y avait rien d’extraordinaire à cela. « Tout ce que la rue Saint-Denis a de marchands, dit Boursault,… se rendent régulièrement à l’hôtel de Bourgogne pour avoir la première vue de tous les ouvrages qu’on y représente[1]. » Un des personnages de la comédie de Zélinde tient ce propos : « La plupart des marchands de la rue Saint-Denis aiment tous la comédie, et nous sommes quarante ou cinquante qui allons ordinairement aux premières représentations de toutes les pièces. » La rue Saint-Denis est une façon de parler pour désigner tout ce quartier du commerce où se trouvaient les boutiques des Poquelin et des Cressé. En 1636, la boutique et le logis de Jean Poquelin étaient au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Vieilles-Étuves, dans la maison où pendait pour enseigne le Pavillon des Singes. Non loin de là, rue Mauconseil, se trouvait l’hôtel de Bourgogne, construit en 1 f48 par la confrérie de la Passion. Le sieur Cressé et son petit-fils avaient donc la comédie tout proche, et probablement ils pouvaient l’entendre gratis. En effet, le sieur Pierre Dubout, tapissier ordinaire du roi, comme Poquelin, était le doyen des maîtres de la confrérie de la Passion. En louant leur salle, les confrères se réservaient, tant pour eux que pour leurs parents et amis, une loge et les places de paradis qui étaient au-dessus de cette loge. Si, comme on suppose, le sieur Dubout était en bons termes avec Poquelin, le jeune Molière put, de la loge des confrères de la Passion ou du Paradis,



  1. Boursault, Artémise et Poliante.