Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/267

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térêt de sa vie. C’est pour redevenir un grand propriétaire toscan qu’il avait brocanté des tableaux, vendu en contrebande les plafonds fameux de son palais, plu à de vieilles femmes et finalement recherché la main de miss Bell, qu’il savait très habile à gagner de l’argent et très entendue à tenir une maison. Il aimait vraiment la terre et les paysans. Les paroles ardentes de Choulette, qu’il comprenait vaguement, remuaient en lui cet amour. Il se laissait aller à dire sa pensée :

— Dans un pays où le maître et les serviteurs ne font qu’une seule famille, le sort de l’un dépend de celui des autres. Le fisc nous dépouille. Quels braves gens que nos fermiers ! Pour remuer la terre, ils sont les premiers hommes du monde.

Madame Martin avoua qu’elle ne l’eût pas cru. Les campagnes de la Lombardie seules lui avaient paru bien cultivées et coupées de canaux innombrables. Mais la Toscane lui semblait un beau verger sauvage.

Le prince répondit en souriant que peut-être ne parlerait-elle pas de cette manière si elle lui avait fait l’honneur de visiter ses fermes de Casentino, qui pourtant avaient enduré les souffrances de longs et ruineux procès. Elle aurait vu là ce que c’est que le paysan italien.

— Je m’occupe beaucoup de mon domaine.