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XI

LA CHARPIE


Je n’avais pas encore accompli mes quatre ans : un matin, ma mère me souleva de mon lit, et mon cher papa, qui avait revêtu son uniforme de garde national, m’embrassa tendrement. Il avait un coq d’or et un pompon rouge à son shako. On battait le rappel sur le quai ; le galop des chevaux retentissait sur le pavé ; par moments passaient des chants et des clameurs farouches et l’on entendait au loin le crépitement de la fusillade. Mon père sortit. Ma mère s’approcha de la fenêtre, souleva le rideau de mousseline et sanglota. C’était la révolution.