Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/35

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— Ce trésor ! Comme il est joli ! s’écria la jeune Alphonsine en m’embrassant.

Sans avoir alors autant d’intelligence qu’un chien ou un chat, j’étais comme eux un animal domestique, et comme eux, j’aimais la louange que les bêtes sauvages dédaignent. Dans un transport qui toucha les deux mères, la jeune Alphonsine me souleva de terre, me pressa sur son cœur et me couvrit de baisers en vantant ma gentillesse. Et dans le même moment, elle me piquait les mollets avec une épingle.

Et moi de me débattre, de frapper Alphonsine des poings et des pieds, de hurler, de fondre en larmes.

À cette vue, madame Dusuel laissait paraître dans ses yeux et dans son silence de la surprise et de l’indignation. Ma mère me regardait douloureusement, se demandait comment elle avait pu mettre au jour un enfant si dénaturé, et tantôt accusait le ciel de ce malheur immérité, et tantôt s’accusait de l’avoir mérité par ses fautes. Enfin, elle demeurait interdite et troublée devant le mystère de ma perversité. Je ne pouvais pourtant pas le lui expliquer, si je ne savais pas parler. Le