Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/43

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particulière odeur de fumée douceâtre et sournoise, que j’avais sentie en voyant de l’angélique pour la première fois, et que je crus être l’odeur de l’angélique.

J’embrassai ma chère maman avec une exactitude rituelle. Elle me demanda si je m’étais bien amusé à la promenade, et je répondis qu’oui ; si je n’avais pas trop tourmenté Mélanie, et je répondis que non. Et, ayant rempli mes devoirs filiaux, j’attendis que maman me donnât un morceau d’angélique. Comme elle avait repris sa broderie et ne paraissait pas disposée à faire le joli geste que j’attendais, je me décidai à réclamer mon angélique, ce que je ne fis pas sans déplaisir, tant était grande la délicatesse de mes sentiments. Maman leva les yeux de dessus son ouvrage, me regarda un peu surprise et me dit qu’elle n’en avait pas.

Plutôt que de la soupçonner d’un mensonge, même léger, je pensai qu’elle plaisantait et différait le contentement de mon désir soit pour le rendre plus grand, soit en cédant à cette mauvaise habitude qu’ont les personnes sérieuses de jouir de l’impatience des chiens et des enfants.