Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


planche. Je fis diverses questions touchant cette herbe dont l’âcre parfum me chatouillait les narines. Mélanie me répondait abondamment : elle m’apprit que le persil était employé dans les ragoûts et servait d’assaisonnement aux viandes grillées, et m’enseigna enfin qu’il était pour les perroquets un poison mortel. À cette nouvelle, je saisis de cette herbe odorante un brin que le couteau avait épargné et l’emportai dans le cabinet des roses où je méditai seul et en silence. Je tenais dans mes mains la mort de Navarin. Après une longue délibération avec moi-même, je sortis de l’appartement et me rendis chez madame Laroque. Là, montrant à Navarin l’herbe vénéneuse :

— Regarde : c’est du persil, lui dis-je. Si je mêlais ces petites feuilles vertes et frisées à ton chènevis, tu mourrais et je serais vengé. Mais je veux me venger autrement. Je me vengerai en te laissant la vie.

Je dis et jetai par la fenêtre l’herbe funeste.

Depuis lors je cessai de tourmenter Navarin. Je ne voulais pas gâter ma clémence. Nous devînmes amis.