Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/80

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et sa famille et un couple de tous les animaux de la création. Mais les papillons y étaient plus grands que les éléphants, ce qui, à la longue, choquait mon sens des proportions ; et maintenant que, par ma faute, les quadrupèdes ne se tenaient plus que sur trois pattes et que Noé avait perdu son bâton, l’arche ne me charmait plus.

Un jour qu’étant enrhumé, je gardais la chambre, mon bonnet de nuit noué sous le menton, je me fis un tambour et des baguettes d’un pot de grès et d’une cuiller de bois. Ce devait être d’un style assez hollandais et dans le sentiment de Brauwer et de Jean Steen. J’avais le goût plus noble et, quand ma vieille Mélanie indignée me reprit son pot à beurre et sa cuiller à pot, j’en étais déjà dégoûté.

Environ ce temps, mon père m’apporta certain soir un petit biscuit peint, qui représentait un pierrot battant de la grosse caisse. Je ne sais s’il pensait que l’image tenait lieu de la réalité ou s’il voulait se moquer de moi. Il souriait, selon sa coutume, avec un peu de tristesse. Quoi qu’il en soit, je reçus son présent de mauvais cœur et ce biscuit, horrible au toucher, m’inspira une soudaine aversion.