Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/79

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souvent mon désir aux personnes capables de le satisfaire. Elles faisaient mine de ne rien entendre, ou me répondaient d’une manière vraiment désespérante.

— Tu sais bien, me disait ma chère maman, que ton père n’aime pas les jouets qui font du bruit.

Ce qu’elle me refusait par piété conjugale, je le demandai à ma tante Chausson, qui ne craignait nullement d’être désagréable à mon père. Je m’en étais fort bien aperçu, et c’est sur quoi je comptais pour obtenir ce que je désirais si ardemment. Par malheur, la tante Chausson, parcimonieuse, donnait rarement et peu.

— Qu’est-ce que tu ferais d’un tambour ? me dit-elle. N’as-tu pas assez de jouets ? Tu en as des armoires pleines. De mon temps on ne gâtait pas ainsi les enfants ; mes petites compagnes et moi, nous faisions des poupées avec des feuilles… N’as-tu pas une belle arche de Noé ?

Elle parlait d’une arche de Noé qu’elle m’avait donnée le 1er janvier d’antan et qui m’avait paru d’abord, je dois le dire, quelque chose de surnaturel. Elle contenait le patriarche