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le petit pierre

Cette nouvelle m’abîma de désespoir, et je connus à quel prix le sort m’avait accordé un tambour ; je compris que ma mère m’avait donné un jouet pour me dissimuler son départ et me distraire de son absence. Et, me rappelant le ton grave et un peu triste avec lequel elle m’avait dit en m’embrassant : « Sois sage ! », je me demandai comment je n’avais point eu de soupçons. Et je pensais :

— Si j’avais su, je l’aurais empêchée de partir.

J’étais désolé et honteux aussi de m’être laissé tromper. Pourtant, que de signes auraient dû m’instruire ! Depuis plusieurs jours, j’entendais chuchoter mes parents, j’entendais chanter les portes des armoires, je voyais des piles de linge sur les lits, des malles, des valises dans les chambres. Le couvercle bombé d’une de ces malles était tendu d’une peau de bête galeuse et pelée sur laquelle passaient des traverses de bois noir très sale, et c’était hideux. Tant de présages m’étaient vainement apparus, dont un pauvre chien se serait inquiété. J’avais ouï dire à mon père que Finette prévoyait les départs.

L’appartement était grand et froid. L’horrible