Page:Anatole France - Le Petit Pierre.djvu/88

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duisait régulièrement toutes les nuits, je ne la trouvais pas extraordinaire, mais elle m’effrayait, sans pourtant que ma peur fût assez forte pour m’arracher des cris. Ce qui calmait beaucoup mon épouvante, c’est que j’observais que ces petits musiciens rasaient le mur et n’approchaient point de mon lit. Telle était leur coutume. Ils ne faisaient pas mine de me voir et je retenais mon souffle pour ne pas attirer leur attention. C’était assurément la bonne influence de ma mère qui les tenait éloignés de moi, et la vieille Mélanie n’exerçait pas, sans doute le même empire sur ces esprits malins, car, en cette nuit affreuse où la diligence de la rue du Bouloi emportait mes chers parents vers de lointains rivages, ces petits musiciens s’aperçurent pour la première fois de ma présence. L’un d’eux, qui avait une jambe de bois et un emplâtre sur l’œil, me montra du doigt à son voisin, et tous, l’un après l’autre, s’étant tournés vers moi, chaussèrent d’énormes bésicles rondes et m’examinèrent curieusement sans nulle bienveillance. Je commençai de trembler de tous mes membres. Mais, quand ils s’approchèrent de mon lit en dansant et en brandissant broches, scies,