Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/135

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de l’amour après qu’on nous a quittés, nous attendrions tranquillement d’en faire l’emploi qu’il plairait à Dieu. »

Mais comme le jour commençait à paraître, le chant des oiseaux s’éleva si fort qu’il couvrit la voix de mon bon maître. Il ne s’en plaignit point.

« Écoutons, dit-il, ces passereaux. Ils font l’amour plus sagement que les hommes. »

Sophie se réveilla dans le jour blanc du matin, et j’admirai ses beaux yeux que la fatigue et la douleur avaient cernés d’une nacre fine. Elle paraissait un peu réconciliée avec la vie. Elle ne refusa pas une tasse de chocolat que mon bon maître lui fit prendre sur le seuil de Mathurine, la belle chocolatière des Halles.

Mais à mesure que cette pauvre demoiselle recouvrait la raison, elle s’inquiétait de certaines difficultés qu’elle n’avait point aperçues jusque-là.

« Que dira ma tante ? Et que lui dirai-je ? » s’écria-t-elle.

Cette tante demeurait vis-à-vis de Saint-Eustache, à moins de cent pas du pilier de