Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/147

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térébinthes, qui s’étendaient du côté de l’Orient, retenaient encore dans leur ombre la douce fraîcheur de la nuit.

Le Vieillard compta sur le sol en pente la longueur de douze fois douze lances et reconnut à sa gauche, entre les parois de deux roches jumelles, l’étroite entrée d’un bois sacré. Là, s’élevait au bord d’une source un autel de pierres non taillées.

Un laurier le recouvrait à demi de ses rameaux chargés de fleurs éclatantes. Sur l’aire foulée, devant l’autel, blanchissaient les os des victimes. Tout alentour, des offrandes étaient suspendues aux branches des oliviers. Et, plus avant, dans l’ombre horrible de la gorge, deux chênes antiques se dressaient, portant clouées à leur tronc des têtes décharnées de taureaux. Sachant que cet autel était consacré à Phœbos, le vieillard pénétra dans le bois et, tirant de sa ceinture où elle était retenue par l’anse, une petite coupe de terre, il se pencha sur le ruisseau qui, dans un lit d’ache et de cresson, par de longs détours, cherchait la prairie.

Il remplit sa coupe d’eau fraîche, et, comme