Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/148

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il était pieux, il en versa quelques gouttes devant l’autel, avant de boire. Il adorait les dieux immortels qui ne connaissent ni la souffrance ni la mort, tandis que sur la terre se succèdent les générations misérables des hommes. Alors il fut saisi d’épouvante et il redouta les flèches du fils de Léto. Accablé de maux et chargé d’ans, il aimait la lumière du jour et craignait de mourir. C’est pourquoi il eut une bonne pensée. Il inclina le tronc flexible d’un ormeau et, le ramenant à lui, suspendit la coupe d’argile à la cime du jeune arbre qui, se redressant, porta vers le large ciel l’offrande du vieillard.

La blanche Kymé s’élevait, ceinte de murs, sur le rivage de la mer. Une chaussée montueuse, pavée de pierres plates, conduisait à la porte de la ville. Cette porte avait été construite dans des âges dont toute mémoire était perdue, et l’on disait que c’était un ouvrage des Dieux. On voyait, gravés dans la pierre du linteau, plusieurs signes que personne ne savait expliquer, mais qui étaient regardés comme des signes heureux. Non loin