Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parce qu’un Dieu avait mis dans ses jambes un esprit mauvais qui les gonflait et les rendait plus lourdes que deux outres de vin. C’était une esclave carienne, qu’un roi avait donnée jeune au chanteur, alors jeune et plein de force. Et elle avait conçu dans le lit de son nouveau maître un grand nombre d’enfants. Mais il n’en restait pas un seul à la maison. Les uns étaient morts, les autres s’en étaient allés au loin pour exercer dans les villes des Achéens l’art du chanteur ou celui du charron, car tous étaient doués d’un esprit ingénieux. Et Mélantho demeurait seule dans la maison avec Arété, sa bru, et les deux enfants d’Arété.

Elle accompagna le maître dans la grande salle aux poutres enfumées, au milieu de laquelle, devant l’autel domestique, s’étendait, couverte de braises rouges et de graisses fondues, la pierre du foyer. Autour de la salle s’ouvraient, sur deux étages, des chambres étroites ; et un escalier de bois conduisait aux chambres hautes des femmes. Contre les piliers qui soutenaient le toit reposaient les armes de bronze que le vieillard portait dans sa jeu-