Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/155

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La vieille Mélantho dit :

— La vie de beaucoup d’hommes est dure.

Et, d’un cas pesant, elle sortit de la maison pour aller chercher, avec sa bru, du bois dans le cellier. C’était l’heure où l’ardeur invincible du soleil accable les hommes et les animaux, et fait taire même la voix des oiseaux dans le feuillage immobile. Le Vieillard s’étendit sur une natte et, se voilant le visage, il s’endormit.

Pendant son sommeil, il fut visité par un petit nombre de songes, qui n’étaient ni plus beaux ni plus rares que ceux qui lui venaient chaque jour. Ces songes lui présentaient des images d’hommes et de bêtes. Et, comme il y reconnaissait des humains qu’il avait connus durant qu’ils vivaient sur la terre fleurie, et qui depuis, ayant perdu la lumière du jour, étaient couchés sous un tertre funèbre, il se persuadait que les âmes des morts flottent dans l’air, mais qu’elles sont sans vigueur et telles que les ombres vaines. Il était instruit par les songes qu’il est aussi des ombres d’animaux et de plantes, qu’on voit dans le som-