Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


toison de brebis, et ils attendaient que le maître approuvât leur offrande pour la déposer sur l’autel domestique.

Le Vieillard, s’étant levé, saisit sa lyre suspendue à une poutre de la salle et dit avec bonté :

— Enfants, il est juste que les riches offrent un grand présent, et que les pauvres en donnent un moindre. Zeus, notre père, a partagé inégalement les biens entre les hommes. Mais il châtierait l’enfant qui ravirait le tribut qu’on doit au chanteur divin.

La vigilante Mélantho vint enlever les offrandes sur l’autel. Et le Vieillard, ayant accordé sa lyre, commença d’enseigner un chant aux enfants, assis à terre, autour de lui, les jambes croisées.

— Écoutez, leur dit-il, le combat de Patrocle et de Sarpédon. Ce chant est beau.

Et il chanta. Il modulait les sons avec force, appliquant le même rythme et la même cadence à tous les vers ; et pour que sa voix ne faiblît pas, il la soutenait, par intervalles réguliers, d’une note de sa lyre à trois cordes.