Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/271

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la destruction de la flotte, se tenait au quartier général, et lui donna l’ordre d’armer promptement, en secret, deux frégates vénitiennes qui se trouvaient à Alexandrie, et de les amener sur un point désert de la côte, qu’il lui désigna. Lui-même, il remit, par pli cacheté, le commandement en chef au général Kléber, et sous prétexte de faire une tournée d’inspection, se rendit avec un escadron de guides à l’anse du Marabou. Le soir du 7 fructidor an VII, à la rencontre de deux chemins d’où l’on découvre la mer, il se trouva tout à coup en face du général Menou, qui regagnait Alexandrie avec son escorte. N’ayant plus de moyen ni de raisons de garder son secret, il fit à ces soldats de brusques adieux, leur recommanda de se bien tenir en Égypte et leur dit :

— Si j’ai le bonheur de mettre le pied en France, le règne des bavards est fini !

Il semblait parler ainsi d’inspiration et comme malgré lui. Mais cette déclaration était calculée pour justifier sa fuite et faire pressentir sa puissance future.

Il sauta dans le canot qui, à la nuit tom-