Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/294

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Bonaparte haussa les épaules :

— Peut-on encore douter de mon bonheur et de ma destinée ?

Et il rendit leur cours à ses pensées.

— Il faut balayer ces fripons et ces incapables et mettre à leur place un gouvernement compact, de mouvements rapides et sûrs, comme le lion. Il faut de l’ordre. Sans ordre, pas d’administration. Sans administration, pas de crédit ni d’argent, mais la ruine de l’État et celle des particuliers. Il faut arrêter le brigandage et l’agio, la dissolution sociale. Qu’est-ce que la France sans gouvernement ? Trente millions de grains de poussière. Le pouvoir est tout. Le reste n’est rien. Dans les guerres de Vendée, quarante hommes maîtrisaient un département. La masse entière de la population veut à tout prix le repos, l’ordre et la fin des disputes. De peur des jacobins, des émigrés ou des chouans, elle se jettera dans les bras d’un maître.

— Et ce maître, dit Berthollet, sera sans doute un chef militaire ?

— Non pas, répliqua vivement Bonaparte,